
et Didier Wampas est jaloux ! (mais il a sa plaquette des trois baudets, au fond à gauche )



De gauche à droite : Denis Gérardy, Moustaki, Stefff Gotkovski.
ERIC RENETTE / lundi 02 juin 2008, / www.lesoir.be/
PARIS DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
C'est début septembre que la chanson francophone devrait découvrir sa nouvelle vitrine parisienne. Le chantier, en effet, s'achève aux Trois Baudets, au coin du boulevard de Clichy et de la rue Coustou, sous la butte de Montmartre, entre Pigalle et la place Blanche, dans ce quartier qui concentre de nombreuses salles de spectacles.
Les Trois Baudets, c'est le nom mythique de la petite salle où Jacques Canetti a longtemps accueilli l'avant-garde de la chanson française, faisant découvrir Brel, Gréco, Brassens, Salvador, Vian, Gainsbourg, Perret et bien d'autres. La suite est presque devenue un classique du genre : la chanson française ne fait plus recette, au début des années 70, la salle devient un cabaret érotique, puis une salle de rock, avant de fermer définitivement en 1996.
Définitivement ? Non, car un village d'irréductibles amateurs de bonnes chansons cultive le souvenir et réclame un avenir. « C'est Charles Aznavour qui est venu me trouver, explique Daniel Vaillant, maire du XVIIIe arrondissement de Paris et ancien ministre de l'Intérieur. Même s'il n'était jamais monté sur la petite scène des Trois Baudets, il avait très souvent été voir ceux qui s'y produisaient. C'est lui qui m'a appris que l'immeuble appartenait à la Ville de Paris et qui a insisté pour qu'on fasse quelque chose, alors que la salle était à l'abandon depuis des années. La veille des élections de 2001, Pierre Perret – qui, lui, y avait chanté – est revenu à la charge. Bertrand Delanoé a inscrit la réouverture de la salle dans son programme pour Paris, et moi, dans le mien pour le XVIIIe. Voilà comment c'est parti. Même si, à l'époque, soyons honnêtes, on ne savait pas très bien ce qu'on allait en faire. »
« A Paris, il existe beaucoup de salles, mais aucune avec un lien très fort par rapport à la chanson française, poursuit Christophe Girard, adjoint au maire. Bertrand Delanoë avait le pressentiment d'un danger pesant sur la chanson. Il fallait retrouver un lieu comme avant, pour Brel et les autres, une scène de découverte où on pourra à nouveau dire que c'est là qu'untel a débuté. » Et Daniel Vaillant d'achever l'histoire : « On avait trouvé le concept, il fallait trouver un gestionnaire. On a reçu 14 dossiers, on en a retenu 8, et on a demandé à cinq d'entre eux de développer un projet. »
C'est ainsi que Rafu (deux Parisiens et le Belge Denis Gérardy) participe aujourd'hui à la nouvelle aventure de la salle, entièrement reconstruite sous des étages rénovés de logements sociaux de la Ville. « Politiquement, on veut inscrire la démarche dans la francophonie et la chanson française, pas comme signe du passé mais comme signe d'avenir, précise Christophe Girard. Chez les autres candidats, on ne retrouvait pas le même goût du risque, une volonté de découverte indispensable pour que Paris redevienne un lieu de référence. »
Le projet de Rafu ne se limite pas à une succession de programmations, même si celles-ci seront au cœur d'un lieu prévu pour ouvrir 300 jours par an. On privilégiera les premières parties avant les artistes plus confirmés, pour conforter les Trois Baudets comme centre d'art et d'essai de la chanson. On y produira très régulièrement – nouveauté à Paris – des spectacles pour jeune public.
Dès la conception du projet, une demande précise concernait les collaborations internationales et la constitution d'un réseau avec d'autres salles et des festivals à travers la francophonie. Un des premiers « plateaux Trois Baudets » aura ainsi lieu, en août, au Brussels Summer.
Enfin, le concept veut aussi apporter aux jeunes artistes un encadrement professionnalisant, aussi bien pour améliorer leur art que pour le faire connaître.
Ateliers, conférences, tables rondes compléteront les bonnes habitudes, comme celle de s'y retrouver après spectacle dans un bar-restaurant qui se veut un élément intégrant du plaisir des sens et de l'équilibre budgétaire. « Le projet revient à 7,5 millions d'euros – le prix d'une crèche de 40 berceaux à Paris. En quelque sorte, c'est une crèche, une couveuse de talents », conclut Daniel Vaillant.
Une boîte dans la boîte
Une salle de 250 places, dont les sièges rouge écarlate n'attendent plus que d'être découverts. Deux imposants piliers soutiennent l'ensemble du bâtiment et marquent le cœur de la pièce. La scène est petite : elle ne pourra pas accueillir plus de quatre ou cinq musiciens.
C'est surtout la prouesse technique liée à son isolation acoustique qui a conditionné le chantier. La salle, en effet, est une véritable « boîte dans la boîte » : une structure indépendante, qui repose sur d'énormes ressorts, montée sur des pieux de 15 mètres afin d'éliminer tout risque de nuisance acoustique à l'extérieur.
Le budget du chantier tourne autour de 7,5 millions d'euros. Dans un raccourci injuste mais saisissant, cela met la place à 30.000 euros. De quoi bien asseoir la nouvelle chanson française.
ERIC RENETTE / lundi 02 juin 2008, 10:46
En intitulant leur association Rafu, les partenaires aujourd’hui à la tête des Trois Baudets entendaient bien donner le ton. Les Parisiens Julien Bassouls (découvreur de Louise Attaque, Sanseverino, La Grande Sophie, Moriarty…) et Stéphane Gotkowski (musicien, romancier, créateur d’événements) ainsi que le Belge Denis Gérardy (Libertad Music, Musicolor ; programmateur associé des Francofolies de Spa et du Brussels Summer) forment une association dont l’éclectisme a séduit la sphère de la culture parisienne. Et l’atout belge (en charge notamment des relations internationales) a visiblement fait partie des critères de séduction.
Julien Bassouls : « L’envie internationale était présente dès le début. Et on a déjà intégré des participations avec un réseau de 21 festivals, toute la franco faune, on a des contacts avec le Calebasse Café à la Martinique… » Denis Gérardy : « Il y aura un plateau Trois Baudets dès le mois d’août au Brussels Summer. A Paris, le lieu peut aussi permettre de faire travailler en résidence des artistes belges qui pourraient être labellisés Trois Baudets et tourner en France et en francophonie. Le cabaret est un endroit mythique, où Brel a débuté et joué très longtemps. Pour moi, c’est difficile de croire que les artistes belges et la Communauté française n’ont pas de rôle à jouer là-dedans, alors qu’en France, le ministère de la Culture et la Ville de Paris s’impliquent déjà dans la salle, ainsi que le Québec. »
Mais, pour l’accent tonique belge des Trois Baudets, il est grand temps de remotiver la chanson en Belgique, selon Denis Gérardy. « La nouvelle chanson française existe, mais il faut admettre qu’on a raté l’étape belge. La chanson belge francophone est en grande crise, malgré le fait qu’il existe un grand potentiel de talents. La dernière artiste francophone qui a un certain statut en France, c’est Axelle Red : ça date d’il y a plus de quinze ans. L’édition 2008 des Francofolies de Spa a été la plus dure pour programmer des artistes chantant en français… Pour sortir de la crise, il faut une professionnalisation de l’encadrement des artistes. Si on n’a pas ça, dans dix ans, on sera toujours dans le même état. Il faut un vrai plan d’action – ce qui ne nécessite pas obligatoirement des moyens démesurés. Il n’y a pas de raison que ce qu’on a réussi côté belge anglo-saxon, on ne le réussisse pas pour la chanson française. »
Une demande a donc été introduite auprès des services de la Culture de la Communauté française, avec propositions de collaborations : « J’ai proposé une vingtaine de dates par an, de pouvoir utiliser la salle, mais aussi de profiter de l’encadrement qu’on veut apporter (promotion, relations avec les professionnels…). Le dossier est sur le bureau de la ministre. »
Des ministres, confirme-t-on à la Communauté française : une demande d’aide a été rentrée par l’administration pour le budget 2009 à Rudy Demotte (ministre-président) et Marie-Dominique Simonet (Relations internationales) avec, évidemment, copie à la ministre de la Culture. Une vraie partition en trois temps.